Témoignage : Une pédagogie constructiviste et collaborative avec le Tiers-Lieu

Témoignage

Une pédagogie constructiviste et collaborative avec le Tiers-Lieu :

Formation à la lecture critique, à la recherche et à l’écriture

Séverine Parayre ; Maître de conférences sciences de l’éducation, Directrice du Département Éducation Inclusive

ISP-Faculté d’Éducation, Institut Catholique de Paris


 

L3 en 406

L3 travaillant au Tiers-Lieu

Depuis maintenant trois ans, je travaille en collaboration avec le Centre documentaire de l’ISP-Faculté d’éducation dans l’élaboration de mes cours et je souhaite expliquer de quelle manière nous travaillons et ce que cela apporte à la pédagogie universitaire.

D’abord, tout projet se discute et se prépare avec Marie Viot, directrice du département Information et Documentation et toute son équipe : Gwladys Gouttegatas, Valérie Taillandier et Anissa Benameur. Cette étape est absolument cruciale pour le bon déroulement du cours, du travail des étudiants, pour l’implication de chacune des personnes et l’aide que nous apporteront les bibliothécaires-documentalistes durant le travail des étudiants.

Ovide_Decroly_(1871-1932)
Ovide Decroly (1971-1932) (c) Desconocido (Wikipédia)

Ainsi, cette année universitaire 2018-2019, j’ai décidé de faire travailler les étudiants sur les pédagogues de l’éducation spécialisée durant tout le second semestre. Ils devaient d’abord faire une recherche par petits groupes de quatre sur un pédagogue (Decroly, Montessori, Don Bosco, Neill etc.) ; ensuite créer un padlet[1] (mur de travail collaboratif sur internet) sur ce pédagogue en synthétisant des éléments principaux (contexte historique, biographie, grandes théories, innovations pédagogiques, héritage), pour finir écrire un article scientifique de 6-7 pages sur le même pédagogue, article qui sera diffusé par la suite sur le site internet du département Information-Documentation[2]. Cette publication en ligne est très importante pour la reconnaissance de leur travail et permet de ne pas le cantonner à un simple exercice effectué pendant un cours. De cette manière cela participe au développement d’une pédagogie constructiviste. Pour l’ensemble de leurs travaux et à la fin du semestre, je leur ai également demandé d’évaluer leurs propres compétences et leur progression et d’évaluer le dispositif de cours que je leur avais proposé.

Bien avant de commencer le cours, c’est-à-dire au cours du 1er semestre de l’année, j’ai alors apporté mon projet à l’équipe du Centre documentaire et nous avons pu ensemble non seulement vérifier si les sources documentaires étaient disponibles, mais aussi instaurer des méthodes de travail de l’utilisation des documents et des moteurs de recherche. Il est important que toutes les bibliothécaires-documentalistes soient en accord avec le projet, en connaissent les objectifs et le déroulé ; car ensuite elles pourront mieux être en mesure de suivre les étudiants et de les guider dans leur recherche. Elles sont également en mesure de nous dire si le projet est réalisable et de quelle manière l’améliorer. C’est en cela qu’il s’agit d’une véritable collaboration. Pour une pleine réussite, il importe de ne pas contacter les équipes la veille de son cours, mais de bien anticiper ce travail et cette collaboration.

L3 Parayre CD

Séverine Parayre avec ses étudiantes

Travailler avec le Centre documentaire ne signifie pas laisser son groupe seul avec les bibliothécaires-documentalistes ; il est important que l’enseignant soit présent pour le bon déroulé des séances, des recherches et du travail que sont en train d’effectuer les étudiants. Mais pas seulement, l’enseignant travaille d’une toute autre manière. J’ai ainsi pu, grâce à cette collaboration, effectuer un vrai travail constructiviste où j’ai mis davantage les étudiants au travail et à la réflexion ; je n’ai pas cherché à leur place, je les ai guidés dans leur recherche.

L3 Parayre

Étudiantes travaillant au Centre documentaire

Très franchement, cela n’a plus rien à voir. Je n’étais pas en train de leur parler des pédagogues de l’éducation nouvelle, nous étions en train d’expérimenter ensemble pour comprendre cette éducation nouvelle et ce qui avait motivé ces pédagogues à leur époque. Je n’aurai pas pu expérimenter de cette manière sans le Centre documentaire, qui me permettait de faire travailler les étudiants sur les ouvrages écrits par les pédagogues et ceux des chercheurs écrits sur les pédagogues ; alors que plus de la moitié des étudiants ne pensent plus  se référer à ces ouvrages anciens et notamment ceux datant du XIXe siècle ou du XXe siècle. Certains étudiants, même en troisième année de licence, ne liront leur premier ouvrage qu’à la suite de ce cours. Nous devons donc en tant qu’enseignant remettre le livre et la lecture au centre de nos enseignements, de manière à développer une culture du livre et des activités autour du livre. Cela implique de faire davantage de méthodologie sur la recherche documentaire et l’analyse critique des documents. C’est assurément ce que permet de construire un endroit comme le Centre documentaire et nous avons la chance de pouvoir y participer. Il ne faudrait donc pas se priver d’un tel privilège et nous devons à l’université repenser l’implication de nos étudiants et leur formation à une lecture critique.

Enseignants formateurs CD

Les enseignants et formateurs en pleine relecture des articles rédigés par les étudiants

Le travail de collaboration avec le Centre documentaire ne s’effectue pas seulement en amont du cours, ni juste pendant le cours, mais c’est en permanence qu’il faut s’adapter et réguler selon les séances. C’est dans un dialogue avec Marie Viot et toute l’équipe que les bonnes idées viennent. Par exemple, cette année, j’ai eu pour idée d’inviter des collègues enseignants et formateurs à venir lire les articles écrits par les étudiants et à s’entretenir ensuite avec eux. Je n’y avais pas pensé à l’élaboration du cours. Mais lorsque les étudiants écrivaient leur article, j’ai pensé qu’il fallait ce regard extérieur. Les étudiants ont apprécié que d’autres enseignants s’intéressent à leur travail, viennent lire au Centre documentaire et discutent avec eux sur leur travail. Ils comprennent donc qu’écrire prend du temps, qu’écrire c’est aussi réécrire et toujours essayer de trouver les bons mots et de se relire, de travailler son français et sa syntaxe. Ils apprennent à formuler leur réflexion de façon claire et concise. Avec les bibliothécaires-documentalistes, ils s’initient à la  recherche documentaire, aussi bien dans les ouvrages papiers disponibles au Centre documentaire, qu’en ligne avec les différents moteurs de recherche et ressources numériques. Ils apprennent à écrire les références, la bibliographie et la sitographie dans un texte, à construire une mise en page pour un article. Le travail de l’enseignant et des bibliothécaires-documentalistes est donc très complémentaire. Elles sont ainsi une bonne aide pédagogique, pour la préparation du cours et au cours des différentes séances, même après les séances quand elles relisent les textes des étudiants.

Etudiante + prof en 406

L’enseignante Laurence Zigliara accompagnant un groupe d’étudiantes

Notre travail cette année s’est aussi déroulé avec un nouvel espace, le tiers-lieu. Ce dispositif fait de la salle 406 et du Centre doc un même endroit au service du travail des étudiants. La 406 devient donc un prolongement du Centre doc.

New 406-1

Elle a un nouveau mobilier avec des tables et chaises à roulettes. Ce qui permet de faciliter les travaux de groupe, car les étudiants peuvent agencer rapidement leurs propres tables selon la manière dont ils ont envie de travailler. Il ne s’agit pas d’une énième salle de cours, c’est une salle qui se prête à ce travail collaboratif avec le Centre documentaire et au constructivisme. Je dirais même que cela permet de faire du Centre documentaire (tiers-lieu) la colonne vertébrale de la faculté. Penser un cours avec le tiers-lieu c’est donc penser à la manière dont le livre, l’esprit critique et la recherche reviennent au centre de nos enseignements. C’est aussi pour un cours de méthodologie de recherche comme le mien, prendre la recherche comme un apprentissage à part entière. Je ne suis pas en train de leur expliquer comment faire de la recherche, nous faisons de la recherche ensemble et à mon avis cela change considérablement la manière dont les étudiants conçoivent la recherche et la manière dont ils en comprennent les méthodes. Pour moi également ce tiers-lieu permet d’être plus inventive d’année en année, cela signifie que notre communauté peut repenser sa pédagogie chaque année avec des projets différents et des expérimentations pédagogiques. À l’avenir nous pourrions non seulement venir partager une lecture d’ouvrage, inviter un auteur, venir travailler sur un projet commun avec nos étudiants, ou même mieux, on espère qu’ils sauront nous surprendre en s’imprégnant et en s’emparant du dispositif et du lieu.

[1] Cf. padlet.com

[2] https://infodocispfe.wordpress.com

Photos prises par Séverine Parayre et Gwladys Gouttegatas.

Article mis en ligne le 24/05/2019.

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